Ce qui était en préparation depuis des années est désormais officiel : la cuisine italienne a été inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO Le comité intergouvernemental de l'UNESCO, actuellement réuni à New Delhi, en Inde, a approuvé à l'unanimité l'inscription de la candidature «Cucina italiana fra sostenibilità e diversità bio-culturale». L'Italie devient ainsi le premier pays dont l'ensemble de la cuisine nationale obtient ce statut, comme le rapporte notamment RaiNews.
La décision a été accueillie par des applaudissements dans la salle. La délégation italienne est conduite par le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani, qui a évoqué « un moment de fierté et d'identité ». La présidente du Conseil Giorgia Meloni a qualifié cette étape, dans un message vidéo adressé au comité, de « succès historique qui honore le peuple italien et célèbre notre art de vivre ».
Première cuisine distinguée dans son ensemble
L'UNESCO reconnaît explicitement non pas de simples recettes ou produits isolés, mais la cuisine italienne en tant que système vivant de savoirs, de rituels et de pratiques sociales. Cette inscription se distingue ainsi des reconnaissances gastronomiquesprécédentes, qui portaient généralement sur une technique ou une tradition particulière, comme l'art du pizzaiolo napolitain.
La « Cucina italiana » désormais reconnue embrasse tout le spectre, des savoirs paysans liés à la culture et à la transformation des aliments, aux modes de fabrication artisanaux dans les fromageries, les boulangeries et les Pastifici jusqu'aux moments de vie quotidienne autour de la table familiale. Ce qui est jugé déterminant, c'est que cette cuisine incarne la durabilité, la diversité régionale et la diversité bioculturelle.
Avec l'inscription de la cuisine italienne, le nombre d'entrées italiennes au patrimoine culturel immatériel passe à 20. Figuraient déjà sur la liste de l'UNESCO, entre autres, le régime méditerranéen, la « vite ad alberello » de Pantelleria, l'art de la pizza napolitaine et la recherche de la truffe .

Un long parcours vers la reconnaissance d'un patrimoine national
La candidature a été officiellement déposée en 2023, sous l'impulsion du Collegio Culinario, en collaboration avec Casa Artusi, l'Accademia Italiana della Cucina et la prestigieuse revue La Cucina Italiana.
Le travail préparatoire avait cependant commencé plus tôt : dès 2020, La Cucina Italiana avait lancé une campagne pour positionner la cuisine italienne comme patrimoine culturel. Dans une série de numéros spéciaux, le magazine avait invité des grands chefs tels que Massimo Bottura, Carlo Cracco, Davide Oldani, Niko Romito et Antonino Cannavacciuolo en tant que protagonistes invités. L'objectif était de présenter la cuisine non pas comme un répertoire figé de recettes, mais comme une mosaïque culturelle de traditions régionales, de rituels quotidiens et de souvenirs partagés.
Dès le 10 novembre, un organe d'experts de l'UNESCO avait rendu un avis technique favorable et recommandé l'inscription de la cuisine italienne. Cet examen préalable a désormais été confirmé par le comité intergouvernemental.
Une victoire symbolique pour l'identité et le quotidien
Dans les médias italiens, la décision est célébrée comme une victoire pour le quotidien. On souligne que la cuisine est expressément reconnue comme « pratique de la vie de tous les jours », et non comme un phénomène gastronomique réservé à une élite. Elle est perçue comme l'exemple d'une culturequi relie les individus à travers les générations, protège la biodiversité locale et lutte contre le gaspillage alimentaire.
Le chef triplement étoilé Niko Romito a souligné dans un entretien accordé à « La Repubblica »que cette distinction est certes une raison de se réjouir, mais représente en même temps un engagement : la cuisine italienne doit désormais être respectée, préservée et développée. Il rappelle qu'il s'agit moins de plats emblématiques isolés que d'un tissu de savoirs, de souvenirs et de relations transmis de génération en génération.
Le quotidien conservateur « Il Giornale » avait déjà souligné, avant même la décision, que cette reconnaissance ne devait pas être comprise comme un point final, mais comme un point de départ .: l'Italie doit saisir l'occasion pour renforcer systématiquement l'éducation alimentaire, la culture culinaire et la protection des traditions locales.
Un signal politique et une impulsion économique
Pour le gouvernement de Rome, la décision de l'UNESCO constitue également une carte de visite politique. La Première ministre Meloni a évoqué un « primat dont nous sommes fiers » et un signal adressé au monde entier, selon lequel l'Italie assume son rôle de gardienne d'un patrimoine culinaire unique. Le ministre des Affaires étrangères Tajani a souligné que la cuisine représente l'identité, l'histoire et la culture. Il a également mis en avant la dimension économique : la cuisine italienne serait un moteur de croissance exceptionnel, et les exportations de produits agricoles et alimentaires atteignent des records depuis plusieurs années.
Des études réalisées en amont avaient déjà montré qu'un label UNESCO peut stimuler considérablement le tourisme et la demande de produits authentiques. L'Italie s'attend désormais à un essor supplémentaire pour la gastronomie, les producteurs régionaux et les routes culinaires. De la recherche de truffes en Piémont aux traditions des pâtes en Emilia-Romagna en passant par les cuisines de poisson en Méditerranée.
La responsabilité pour l'avenir de la cuisine
L'inscription engage l'Italie à protéger et à transmettre ce patrimoine. Selon de nombreux experts, cela implique non seulement la préservation des recettes traditionnelles, mais aussi une stratégie claire contre l' uniformisationculinaire, en faveur de l'éducation alimentaire et du soutien aux petits producteurs et aux entreprises artisanales.
Une chose est en tout cas devenue claire avec la décision de New Delhi : lorsque l'on parlera désormais de culture, de langue, de musique ou de traditions, la cuisine italienne en fera officiellement partie. Non seulement comme plaisir, mais comme composante d'un patrimoine que des millions de personnes font vivre au quotidien, aux fourneaux, à table et dans le partage du repas. Toute la rédaction de Vivere in Italien se réjouit de cette distinction amplement méritée pour un pays magnifique à la cuisine incomparable. Un grand bravo !




