Les grèves en Italie font partie du quotidien politique du pays au même titre que l'espresso au bar. Quiconque voyage, s'expatrie ou fait la navette avec les transports italiens a sans doute déjà vécu un « sciopero » ou en a au moins entendu parler. Derrière ce phénomène ne se cache pas un chaos spontané, mais une combinaison finement équilibrée, affinée depuis des décennies, entre un droit fondamental protégé par la Constitution, une loi spécifique et une autorité de contrôle chargée de veiller à ce que les grèves ne dépassent pas certaines limites. Connaître les grands principes permet de planifier ses voyages en Italie bien plus sereinement et de savoir, le cas échéant, ce à quoi on a droit.
Le droit de grève en Italie : la Constitution, la loi 146/1990 et la Commissione di Garanzia
La base juridique de toute grève en Italie est l'article 40 de la Constitution italienne de 1948, qui reconnaît le droit de grève (« diritto di sciopero ») comme un droit fondamental. Ce droit est précisé par la Legge 12 giugno 1990, n. 146, qui encadre la grève dans les « servizi pubblici essenziali », c'est-à-dire les services publics essentiels tels que les transports, la santé, l'éducation, la poste et la justice. L'objectif de cette loi est de concilier le droit de grève avec les droits fondamentaux des citoyens à la liberté de mouvement, à la santé, à la sécurité et à l'éducation.
L'organe chargé de veiller à cet équilibre est la Commissione di Garanzia dell'attuazione della legge sull'esercizio del diritto di sciopero, une autorité indépendante composée de neuf membres nommés par le président de la République. Elle a pour mission d'évaluer le caractère proportionné des mesures de grève, de constater d'éventuelles infractions et, si nécessaire, d'intervenir en reportant, en raccourcissant ou en sanctionnant une grève. Le calendrier des grèves actualisé de la Commissione est consultable publiquement et constitue la source la plus fiable pour les voyageurs souhaitant anticiper les perturbations.
Le paysage syndical italien : CGIL, CISL, UIL et les syndicats de base
Contrairement à l'Allemagne, l'Italie dispose d'un paysage syndical très diversifié. Les trois grandes confédérations couvrent ensemble environ 91 % du pouvoir de représentation dans les conventions collectives nationales : CGIL (Confederazione Generale Italiana del Lavoro, de gauche, environ 5 millions de membres), CISL (Confederazione Italiana Sindacati Lavoratori, d'inspiration sociale-chrétienne, environ 4 millions) et UIL (Unione Italiana del Lavoro, laïque et social-démocrate, environ 2,3 millions). Dans le secteur des transports, ces confédérations opèrent généralement sous les noms FILT-CGIL, FIT-CISL et UILT-UIL et appellent souvent conjointement à la grève.
À cela s'ajoute tout un ensemble de syndicats autonomes et de base, qui peuvent proclamer des grèves de façon indépendante. Parmi les plus connus figurent les Cobas (Comitati di Base), l'USB (Unione Sindacale di Base), la CUB (Confederazione Unitaria di Base) et le SGB (Sindacato Generale di Base). Souvent plus radicaux dans leurs revendications et leur rhétorique, ils sont à l'origine de nombreuses grèves proclamées à court terme dans des entreprises isolées. Le tableau est complété par des syndicats classiquement autonomes comme l'UGL, FAST-CONFSAL et ORSA. Cette pluralité explique pourquoi les grèves semblent si fréquentes en Italie : ce ne sont pas de grandes grèves sectorielles, mais de nombreuses grèves plus restreintes menées par des groupes parallèles.
Les schémas typiques des grèves : ce à quoi les voyageurs peuvent s'attendre
La culture de la grève en Italie obéit à certains schémas que l'on apprend à anticiper avec un peu d'expérience. Les grèves sont souvent fixées un vendredi ou un lundi, afin de prolonger les perturbations sur le week-end. La durée habituelle est de quatre, huit ou vingt-quatre heures, plus rarement de quarante-huit heures. Les grèves générales nationales touchant tous les secteurs restent l'exception et surviennent surtout en période de vif débat politique autour des retraites, du budget ou du droit du travail.
Sur l'année, les grèves se concentrent principalement au printemps, de mars à juillet, puis à nouveau de septembre à décembre. Cela tient aux négociations collectives, mais aussi au calendrier de la Commissione di Garanzia, qui exclut certaines périodes. Il en résulte un effet classique : juste avant la pause estivale de fin juillet, les grèves s'accumulent nettement, les syndicats cherchant à placer leurs préavis avant le début de la Franchigia. Ainsi, les voyageurs se rendant en Italie pour l'été trouveront les dates de grève les plus critiques en général dans la première et la deuxième quinzaine de juillet.
La pause estivale et les autres périodes protégées
Un point particulièrement important pour les voyageurs est la Franchigia estiva, la trêve estivale des grèves. Durant cette période, les grèves dans les transports publics sont pratiquement exclues. Concrètement, selon les directives de la Commissione di Garanzia : dans les transports urbains, du 28 juillet au 5 septembre ; dans le trafic ferroviaire, du 27 juillet au 5 septembre ; dans le trafic aérien, une période largement similaire s'applique. Tout le mois d'août est ainsi quasiment exempt de grèves, ce qui représente un soulagement autant pour les familles italiennes que pour les visiteurs. Les exceptions concernent essentiellement le personnel des stations-service et quelques catégories particulières.
Outre la pause estivale, d'autres Franchigie sont prévues : autour des fêtes de Noël, lors de certains jours fériés, pendant les périodes électorales et lors d'événements nationaux. Ces périodes sont également sans grève, ce qui rassure les voyageurs aux dates clés comme Pâques, Ferragosto ou les fêtes de fin d'année. Connaître ces plages permet de planifier ses voyages en conséquence, et un regard sur les jours fériés et ponts en Italie en 2026 permet d'identifier ces périodes protégées.
Fasce di garanzia : ce qui circule même en cas de grève
Même lors d'une grève ordinaire, les transports publics italiens ne s'arrêtent pas totalement. Les fasce di garanzia, c'est-à-dire les plages horaires garanties, sont imposées par la loi. Elles permettent aux pendulaires et aux voyageurs de se déplacer aux heures de pointe malgré la grève. Dans le trafic ferroviaire, les créneaux garantis en jours ouvrables sont de 6 h 00 à 9 h 00 et de 18 h 00 à 21 h 00 ; les jours fériés, de 7 h 00 à 10 h 00 et de 18 h 00 à 21 h 00. Dans le trafic aérien, l'ENAC garantit les vols entre 7 h 00 et 10 h 00 et entre 18 h 00 et 21 h 00. Dans les transports urbains locaux, le niveau de protection varie selon les villes, mais s'aligne généralement sur des horaires similaires.
Les listes précises des liaisons garanties sont publiées par les opérateurs eux-mêmes. Trenitalia met en ligne son propre récapitulatif des trains garantis pour chaque journée de grève, les compagnies aériennes publient les vols protégés sur leurs sites web, et dans les transports urbains locaux, l'opérateur concerné informe via ses canaux, ses applications et les réseaux sociaux. Il est conseillé de consulter ces listes 24 heures avant la date de grève prévue.
Que faire en cas de grève des trains, des avions ou des transports urbains
Si, malgré toutes les précautions, on est pris au dépourvu par une grève , plusieurs options s'offrent à soi. En cas d'annulation de vol, le règlement européen sur les droits des passagers aériens 261/2004 s'applique : il prévoit le remboursement du billet ou le réacheminement sur un autre vol. Les conditions détaillées sont disponibles sur le site de l'ENAC documenté. Point important à savoir : la grève n'est pas automatiquement reconnue par la jurisprudence comme une « circonstance extraordinaire » excluant les indemnisations ; cela dépend de chaque cas particulier.
En cas de grève ferroviaire, Trenitalia, Italo et Trenord proposent des remboursements, généralement dans les 30 jours suivant la date de la grève. Les trains ayant quitté leur gare de départ avant le début de la grève sont tenus d'aller jusqu'à leur terminus, de sorte qu'un trajet court parvient souvent à destination malgré une grève débutante. Dans les transports en commun locaux, les règles varient selon les opérateurs, mais de nombreuses villes proposent des liaisons de substitution ou des titres de transport groupés pendant les fenêtres horaires protégées. Les voyageurs souhaitant conserver une totale flexibilité peuvent se tourner vers le taxi ou Uber , sachant que le secteur du transport privé à la demande en Italie a considérablement évolué ces dernières années à la suite des grandes grèves de taxis à Rome.
Où les voyageurs peuvent s'informer à l'avance
La source d'information la plus importante pour toutes les grèves dans les services publics essentiels est le site de la Commissione di Garanzia, qui publie un calendrier complet des grèves, mis à jour quotidiennement. En complément, le Ministero delle Infrastrutture e dei Trasporti (MIT) propose sur une page dédiée des informations sur les grèves dans le secteur des transports, avec des filtres par région, secteur et date. Pour le trafic aérien, l'ENAC est l'interlocuteur de référence ; pour le rail, ce sont les opérateurs eux-mêmes. Les voyageurs réguliers trouveront également des récapitulatifs mensuels fiables sur les portails d'actualité italiens tels que Virgilio, Corriere della Sera ou Il Sole 24 Ore.
Pour les voyageurs francophones, il est également judicieux de prêter attention à sa propre organisation de voyage : en période de forte affluence, comme lors de l' été italien 2026, les grèves peuvent avoir un impact encore plus marqué, car les possibilités de modification de réservation sont limitées. En gardant un œil sur les préavis, les plages horaires protégées et la trêve estivale, il est toutefois possible de planifier ses voyages en toute sérénité et d'être prêt en cas d'imprévu. Les grèves en Italie font partie du rythme du pays : elles ne sont pas une raison de paniquer, mais un chapitre de la vie quotidienne italienne.
Grèves déclarées en Italie
- 23/07/2026 bis 24/07/2026Ferroviairelocal
OSR ORSA FERROVIE/SLM-FAST-CONFSAL
- 23/07/2026 bis 24/07/2026Transport localnational
CUB TRASPORTI/SGB
- 24/07/2026Transport localterritorial
OSP UGL AUTOFERRO
- 24/07/2026Transport localrégional
OSR USB LAVORO PRIVATO
- 25/07/2026Transport localterritorial
OSR UGL AUTOFERROTRANVIERI
- 27/07/2026Transport localterritorial
RSU
Encore 14 grèves déclarées figurent sur la page complète.
Source : registre des grèves du ministère italien des Transports, dernière consultation le 24/07/2026.




