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Médecin généraliste, spécialiste, « ticket » : la médecine ambulatoire en Italie

Bastian Glumm9 min de lecture
Foto: © Bastian Glumm
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Quiconque s'installe en Italie depuis l'Allemagne ou y réside depuis un certain temps se retrouve tôt ou tard face à la même question : comment trouver un médecin généraliste? Et comment consulter un spécialiste quand le genou fait mal ou qu'un problème de peau nécessite un examen ? À première vue, beaucoup de choses semblent familières, mais en y regardant de plus près, le système italien de soins ambulatoires est organisé de manière sensiblement différente du système allemand.

Un service de santé national à la place des caisses d'assurance maladie

L'Italie ne connaît pas les caisses d'assurance maladie légales comme en Allemagne, mais un service de santé public, financé principalement par l'impôt : le Servizio Sanitario Nazionale, ou SSN. Il garantit à toute personne résidant légalement en Italie une couverture médicale de base, indépendamment de ses revenus. Ce service de santé est organisé principalement au niveau des régions, ce qui entraîne des différences sensibles en matière de prestations et, surtout, de délais d'attente. Ce qui se fait encore dans des délais raisonnables en Lombardie peut prendre des mois en Calabre.

Le système est financé par les impôts généraux et des prélèvements affectés, auxquels s'ajoutent des cotisations patronales. Les assurés n'ont en règle générale pas de « cotisation mensuelle » à régler comme en Allemagne. Pour autant, les soins médicaux ne sont pas toujours entièrement gratuits : pour les consultations spécialisées, les examens diagnostiques et certains médicaments, les participations financières, le fameux « ticket », jouent un rôle bien visible. Dans le même temps, la plupart des consultations chez le médecin généraliste sont gratuites pour les patients inscrits.

Tessera sanitaria : la carte de santé italienne

L'accès au système passe par la tessera sanitaria, la carte de santé bleue. Toute personne résidant officiellement en Italie, c'est-à-dire disposant d'un domicile et, le cas échéant, d'un titre de séjour (permesso di soggiorno), peut s'inscrire au SSN auprès de l'organisme de santé local compétent, l'Azienda Sanitaria Locale (ASL). La condition préalable est le codice fiscale, le numéro d'identification fiscale italien. Sans lui, presque rien n'est possible, que ce soit pour un contrat de location ou pour l'assurance maladie. Muni ducodice fiscale

et d'une attestation de domicile, on se rend à l'ASL pour s'inscrire au SSN. La tessera sanitaria est alors délivrée et envoyée généralement par courrier. Cette carte fonctionne de manière similaire à la carte Vitale en France ou à la carte de santé électronique en Allemagne : on la présente lors des consultations médicales ou à la pharmacie pour attester de sa qualité d'assuré dans le système public. Pour les visiteurs venus d'Allemagne, un mécanisme différent s'applique. Grâce à la Carte Européenne d'Assurance Maladie (CEAM), imprimée au dos de la carte de santé allemande, ils ont droit aux soins médicalement nécessaires dans les mêmes conditions que les assurés italiens. Concrètement : en cas d'urgence ou de maladie

aiguë, la caisse d'assurance maladie allemande prend en charge les frais comme si le patient était italien, y compris les participations habituellement applicables. La CEAM ne suffit toutefois pas pour des soins programmés, des thérapies au long cours ou une couverture globale. Le médecin généraliste comme pivot : le « medico di base » Le pilier des soins ambulatoires en Italie est le médecin généraliste, le

medico di base

ou medico di medicina generale. Il constitue le premier recours pour les problèmes du quotidien, assure le suivi des patients chroniques et ouvre l'accès aux spécialistes. Contrairement à l'Allemagne, où de nombreux patients consultent directement un orthopédiste ou un dermatologue, le médecin généraliste est clairement conçu dans le système italien comme un « gatekeeper », c'est-à-dire un régulateur des soins. Après l'inscription au SSN, on choisit son médecin généraliste sur une liste disponible à l'ASL. Dans certaines régions, cette démarche est désormais possible en ligne, ailleurs il faut encore se rendre en personne auprès de l'administration. Chaque médecin généraliste ne peut prendre en charge qu'un nombre limité de patients, en règle générale jusqu'à 1 500. Une fois ce plafond

atteint, il ne peut plus accepter de nouveaux inscrits. Dans les quartiers urbains prisés et animés, trouver un medico di base disponible peut donc s'avérer une véritable épreuve de patience. Il est également possible de changer de médecin généraliste, mais cela implique davantage de démarches administratives qu'en Allemagne. On ne peut pas simplement se rendre chez un autre médecin et présenter sa carte : il faut faire une demande de changement

auprès de l'ASL. Ce n'est qu'une fois la modification enregistrée que le nouveau médecin est officiellement reconnu comme responsable. Fauteuils de soins et de perfusion modernes dans un cabinet ambulatoire. Un exemple de l'équipement auquel les patients peuvent s'attendre dans de nombreux cabinets de spécialistes italiens et allemands. (Photo : © Bastian Glumm) Diagnostic et traitement pour de nombreuses affections

Foto: © Bastian Glumm

Le medico di base assure le diagnostic et le traitement de nombreuses

affections

, délivre des arrêts de travail, rédige des ordonnances et assure le suivi à long terme des patients chroniques. Il prescrit les vaccinations et les examens de préventionprévus dans le catalogue régional des prestations, et c'est lui qui décide avant tout si une consultation spécialisée est nécessaire.

Les visites à domicile, ou visite domiciliari, font toujours partie du quotidien de nombreux cabinets, notamment pour les personnes âgées ou à mobilité réduite. La générosité avec laquelle elles sont proposées varie sensiblement d'une région à l'autre et d'un médecin à l'autre. La rémunération du médecin généraliste est en règle générale forfaitaire par patient inscrit au SSN. Pour les assurés , la consultation est normalement gratuite, hormis certaines prestations spécifiques ou la délivrance d'attestations.

Les enfants chez le spécialiste : le « pediatra di libera scelta »

Pour les enfants, ce n'est généralement pas le médecin généraliste qui est compétent en Italie, mais un pédiatre spécialisé : le pediatra di libera scelta. Les parents choisissent ce pédiatre également via l'ASL. Ici aussi, un plafond du nombre d'enfants suivis par médecin s'applique, généralement autour de 800Ainsi, les enfants bénéficient dès le départ d'une prise en charge très spécialisée.

Sans « impegnativa », difficile de consulter un spécialiste

Quiconque souhaite consulter un spécialiste dans le système public a généralement besoin d'une impegnativa, c'est-à-dire la ordonnance de référence du médecin traitant. Le processus est clair : on consulte d'abord le medico di base, qui décide si une consultation spécialisée est nécessaire, puis on prend rendez-vous muni de cette ordonnance.

Selon la région, la prise de rendez-vous s'effectue via des systèmes centralisés, par téléphone, en ligne, directement auprès de l'ASL ou même en pharmacie. La prestation donne généralement lieu à une participation financière, le ticket. Certaines catégories de personnes, comme celles à faibles revenus ou atteintes de certaines maladies chroniques, en sont exonérées. Quiconque contacte directement un cabinet sans délai d'attente se retrouve presque toujours dans le secteur privé et règle l'intégralité des honoraires.

Les délais d'attente, un sujet récurrent en Italie

Les délais d'attente constituent l'un des principaux points de critique adressés au système de santé italien. Les rendez-vous non urgents chez un spécialiste ou les examens d'imagerie médicale peuvent prendre des semaines, voire des mois, selon la région et la spécialité. L'Italie tente, grâce à des systèmes de priorité, de traiter plus rapidement les cas les plus urgents, mais au quotidien la pression reste élevée. De nombreux Italiens se tournent donc vers des offres privées.

Des patients qui attendent dans un couloir d'un établissement ambulatoire. Une image du quotidien qui reflète aussi l'importance de l'organisation et des délais d'attente dans le système de santé italien. (Photo : © Bastian Glumm)
Des patients qui attendent dans un couloir d'un établissement ambulatoire. Une image du quotidien qui reflète aussi l'importance de l'organisation et des délais d'attente dans le système de santé italien. (Photo : © Bastian Glumm)

Le « ticket » : une participation financière plutôt qu'une cotisation mensuelle

Le ticket sanitario concerne les patients à de nombreuses étapes : consultations chez un spécialiste, examens d'imagerie médicale, certains médicaments et, dans certains cas, visites aux urgences jugées non urgentes. Le montant du ticket varie selon les régions. En sont exonérées, entre autres, les personnes à faibles revenus, les patients atteints de certaines maladies chroniques ou rares, de maladies rares ainsi que les femmes enceintes suivies dans le cadre de programmes définis. La logique diffère nettement du système allemand, où des cotisations régulières sont versées à la caisse d'assurance maladie, les participations étant davantage concentrées sur les médicaments et les dispositifs médicaux.

À côté du service de santé public, il existe un vaste marché privé. De nombreux médecins exercent à la fois au sein du SSN et en cabinet privé. Les cabinets privés permettent d'obtenir des rendez-vous sans longues attentes, mais au plein tarif. Particulièrement caractéristique du système italien est la libera professione intramoenia : les médecins spécialistes proposent ainsi des prestations privées au sein d'établissements publics. Pour les patients, cela signifie des rendez-vous rapides et le libre choix du médecin, mais à un tarif nettement plus élevé qu'au sein du SSN. Les assurances complémentaires privées sont très répandues et permettent d'accéder à des prestations privées ou d'obtenir un remboursement partiel des frais engagés.

Italie et Allemagne : une comparaison

En Italie, le médecin généraliste joue un rôle de portail d'entrée plus strict dans le système de santé : sans ordonnance de référence, l'accès à un spécialiste dans le secteur public est impossible. En Allemagne, il est bien plus courant de consulter directement un spécialiste sans passer par un généraliste. Le lien avec un médecin de famille est formel en Italie, informel en Allemagne. Le mode de financement diffère également. L'Italie s'appuie sur les recettes fiscales et les cotisations patronales, tandis qu'en Allemagne des cotisations proportionnelles au revenu sont prélevées directement sur le salaire. La répartition des participations financières des patients est elle aussi différente.

Toute personne qui s'installe durablement en Italie devrait demander au plus tôt le codice fiscale (numéro d'identification fiscale), déclarer sa résidence et s'inscrire auprès de l'ASL pour intégrer le SSN. Il faut ensuite trouver un médecin de famille, démarche qui n'est pas toujours simple selon les régions. Pour ceux qui consultent régulièrement des spécialistes, une assurance complémentaire privée peut s'avérer utile. Les voyageurs doivent toujours emporter leur carte européenne d'assurance maladie et, en cas de problème aigu, consulter si possible d'abord un cabinet médical ou un service de garde. Le quotidien des cabinets est souvent moins numérique qu'en Allemagne, mais le système est médicalement bien structuré et organisé à proximité du domicile.

Un système solidaire aux particularités italiennes

Le service de santé italien offre une large couverture de base, accessible à tous. Dans le même temps, les délais d'attente, les disparités régionales et la place centrale du médecin de famille marquent le quotidien. Qui connaît les notions clés, à savoir la tessera sanitaria, le medico di base, l'impegnativa et le ticket, et qui est prêt à recourir si nécessaire aux offres privées, saura s'orienter sans difficulté dans le système de santé italien. Avec un peu de patience et la dolce calma italienne, le quotidien médical se gère sereinement.

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