L'Italie se trouve face à l'une des saisons de noisettes les plus difficiles des dernières décennies. Dans les zones de production traditionnelles, des collines du Piémont aux plantations du Latium et de la Campanie, la récolte a subi cette année un effondrement brutal. Agriculteurs et organisations professionnelles font état de baisses de production allant jusqu'à 70 %. La combinaison du changement climatique, des infestations de ravageurs et du vieillissement des vergers aurait ainsi réduit la production de façon dramatique, faisant grimper les prix des noisettes brutes.
Plusieurs hivers doux et des gelées tardives
Après plusieurs hivers cléments, les plantations ont été frappées au printemps 2025 par des gelées tardives, suivies d'une période estivale extrêmement chaude et sèche. Les noisetiers, particulièrement sensibles, ont perdu une grande partie de leurs fruits avant même la maturité. Parallèlement, le ravageur originaire d'Asie Halyomorpha halys continue de se propager, causant d'importantes pertes de qualité. De nombreux arbres sont en outre trop vieux, et les investissements dans les systèmes d'irrigation modernes et les nouvelles variétés résistantes font défaut. Il en résulte l'une des récoltes les plus faibles depuis 20 ans.
Les conséquences économiques se font clairement sentir. Sur les places de marché du nord de l'Italie, les prix des noisettes décortiquées ont pratiquement doublé par rapport à l'année précédente. Alors qu'à l'automne 2024 le kilogramme se négociait encore autour de sept euros, les cotations actuelles, selon une analyse du portail spécialisé Nocciolare.it , dépassent 14 euros. La Chambre de commerce de Cuneo signale également des niveaux records. Cette hausse des prix touche en particulier l'industrie italienne de la confiserie, qui dépend de noisettes de haute qualité. Des entreprises comme Ferrero, dont la marque mondialement connue Nutella contient selon le fabricant environ 13 % de noisettes, doivent composer avec des coûts de matières premières sensiblement plus élevés.
L'arôme particulier de la noisette italienne
Ferrero ne s'est pour l'heure pas exprimé officiellement sur d'éventuels ajustements de prix. Le groupe ne s'approvisionne plus depuis longtemps exclusivement en Italie, mais aussi en Turquie, au Chili et aux États-Unis. Pourtant, la noisette italienne est réputée pour son arôme et sa qualité exceptionnels, et elle est utilisée en priorité dans les produits haut de gamme. Selon un article de La Stampa , l'effondrement de la production nationale accroît la pression sur les approvisionnements et pourrait, à moyen terme, avoir des répercussions sur les prix à la consommation.
Pour l'instant, les rayons des supermarchés restent stables en termes de prix, mais les spécialistes du secteur s'attendent à ce que la hausse des coûts se fasse sentir au cours de l'année à venir. Plutôt qu'une augmentation soudaine, c'est un ajustement progressif qui est le plus probable, sous la forme de formats d'emballage réduits ou de légères hausses de prix en magasin. Dans le même temps, les fabricants explorent des alternatives, mais les nouveaux pays fournisseurs peinent à égaler la qualité des noisettes italiennes.
Payer un peu plus cher son pot de Nutella ?
Cette crise révèle la fragilité du système qui se cache derrière un produit en apparence banal. La culture de la noisette, autrefois symbole de la tradition agricole italienne et de la stabilité rurale, est soumise à une pression considérable. Sans investissements dans l'irrigation moderne, la recherche et le renouvellement des plantations, l'Italie risque de perdre une partie de son rôle de premier plan sur le marché européen de la noisette. Dès à présent, des organisations agricoles comme la CIA, Agricoltori Italiani mettent en garde contre une transformation structurelle durable.
Pour les consommateurs, cela pourrait signifier qu'un pot de Nutella coûtera bientôt un peu plus cher, non pas en raison de marges bénéficiaires accrues, mais parce que cette crème sucrée nécessite des matières premières de plus en plus onéreuses. Si la tendance se confirme, la noisette passera du statut d'ingrédient évident à celui de denrée précieuse.




